Alors : la bonne (?) nouvelle, c’est que je suis arrivé à ma destination finale et ai, de ce fait, regagné plein accès aux merveilleuses technologies de l’interweb. La mauvaise, c’est qu’étant extrêmement radin parcimonieux de nature, j’en ai profité pour remballer l’autre billet auto-posté dont l’apparition quasi-magique était prévue pour hier matin. Je sais c’est fourbe, mais je le garde bien au chaud dans mon escarcelle pour des temps de disette, on sait jamais.
En contrepartie, je vais tenter de faire un effort cet été pour vous filer du frais au-jour-le-jour, profitant du cadre de vie exotiquement orientalisant qui sera le mien pour les quelques mois à venir. Du quotidien, comme par exemple les étranges événements qui ont précédé à ma présente rentrée casanière matutinale : sobre comme un champ de blé mormon malgré les forts relents de savane matinés d’arôme de tabac froid sauvage émanant de ma chemise et possesseur bien malgré moi d’une petite culotte en dentelle rose bonbon, enfouie – je crois – dans la poche gauche de mon pantalon. Je vous jure, il y a une explication quasiment décente à tout cela. On verra si elle mérite d’y consacrer un billet. Probablement pas.
Pour commencer, quelques notes de voyage des dix derniers jours devraient arriver prochainement. En tout cas dés que j’ai trouvé une sortie USB sur mon satané Moleskine.
J’ai beau essayer le zen, la quête du satori, la mort lente par agonie des neurones.
Le calme me fait peur, je n’y peux rien, c’est comme ça. L’anxiété sociale, la peur du vide, Qualche volta, quest’oscurità, questo silenzio, mi pesano… Tout ça…
Alors du coup, un peu comme les héros shakespeariens qui redeviennent lucides cinq minutes avant leur mort, les journées d’agitation totale me donnent toujours un paradoxal sentiment de liberté et de champ des possibles quasi-infini.
Je crois que c’est pour ça que j’aime bien le dernier jour de l’année. Pas parce qu’un corps céleste est sur le point d’accomplir sa millionième-et-quelques révolution autour d’un des milliards d’astres de la galaxie, pas parce que le petit Jésus s’est fait couper le bout de la zigounette 2007 ans plus tôt, pas même parce que c’est le jour où le dernier des connards se sent forcé d’enfiler un chapeau en carton en sirotant des bulles pour faire oublier qu’il passe les 364 autres soirées de l’année à roter sa kro’ sur son canapé devant TF1… J’aime le 31 décembre, parce que c’est un des jours où j’apprécie le plus de ne rien faire d’important. Je prends mon temps ce jour-là, et chacune des petites activités banales auxquelles je m’adonne a le goût des occupations plus solennelles dont elle prend la place.
Bien sûr, je ne passe pas (toute) ma journée à rêvasser sans but en relisant les livres que je n’ai presque plus le temps d’ouvrir ces jours-ci. J’aime bien profiter de l’occasion pour contacter les amis que je ne peux me résoudre à laisser filer complètement comme du sable entre les putains de griffes du temps qui passe. J’aime bien les inviter à aller prendre un café et reprendre les discussions au point où nous les avons laissées un ou dix ans plus tôt.
Pendant le dîner, on a parlé des cinq dernières années de la vie de nos alter-egos respectifs : ceux qui vivent dans une dimension parallèle où les maisons sont peintes par Caravage, les dialogues écrits par un écrivain fou et les chats se déplacent sur des échasses. (more…)
Sur le pont des lézards, un samedi soir, on trouve toutes sortes de personnes.
Sur le pont des lézards, d’abord, on trouve Dave, une bouteille de Piper Heidsieck millésimé à la main. En temps normal, une bière ou un vinaigre transalpin eut amplement suffit, mais il est 23 heures et il y a bien des années que le dernier maghrébin du quartier a transformé son épicerie en gallerie d’art conceptuel, il a donc fallu tirer sur les réserves personnelles.
On trouve aussi Kheir et son profil de jeune prince oriental fraîchement arrivé des pyramides avec petit détour par Genève et la Kabylie. Kheir a dépensé tout son or durant le shopping de l’après-midi, mais apporte tout de même un peu de myrrhe et d’encens. Pour le papier à rouler, on se débrouillera.
Sur le pont des lézards, on rencontre Tracy et Cecilia, petites poupées rubenesque aux rondeurs douces mais pas excessives, de celles qu’on trouve encore dans les rares coins du midwest américain qui n’ont pas complètement remplacé l’agriculture par le coca-cola. Tracy et Cecilia sont calmes et souriantes adossées à la rambarde en sirotant lentement leur unique bière de la soirée. C’est la première fois qu’elles voient autant de lézards sur un pont.
Bien sûr, étant généralement d’obédience avant-gardiste post-moderne (sauf pour la messe: en latin sinon rien), je n’ai pas cédé à la tradition vulgaire, qui veuille que l’on fasse connaissance avant même de se rencontrer, par lecture de journal interposée. Pas dans mon monde, s’il vous plaît (il parait qu’on trouve toutes sortes de déviants dans ce milieu). Je suis donc arrivé vierge de toute influence et avec pour seule introduction, le souvenir de ma rencontre avec Dame Kozlika, plus ou moins exactement un an auparavant, ainsi que bien sûr l’antenne parisienne du Front de Libération des Blogs Corses avec qui j’entretiens de cordiaux rapports Wordpressiens.
Les autres: je devais probablement en connaître quelques uns à travers leurs écrits, sous une forme ou sous une autre; mais, d’une part, il semble que tout le monde avait oublié son badge ce jour là, d’autre part, avec quelques milliers de billets en souffrance dans mon aggrégateur au sortir de ma période d’examens (j’ai un peu peur que mon doigt n’ait malencontreusement glissé sur le bouton “Effacer Tout”, depuis), je n’avais pas vraiment eu le temps de mettre à jour mes fiches de renseignements spécial Franco-Blogosphère.
J’arrivai donc assez mal préparé, et surtout, il faut bien l’avouer, avec un mélange bizarre de décalage horaire, passage à vide général doublé de légère angoisse existentielle post-universitaire et surtout un sale état de manque narco-dépendant. Du coup, c’était un Dave plutôt contemplatif et sans grande aspiration socialisante qui s’est présenté ce jour là: promis, la prochaine fois, je fais un effort et surtout j’évite d’opérer le matin même un sevrage de mon IV caféinée quotidienne.
Bon, sinon le seul et unique intérêt de ces trucs, quoi qu’on en dise, c’est pas le soleil, les conversations, ni même le clafouti de Kozlika: c’est le name dropping. En fait, il parait que tous les blogueurs ont une petite feuille cartonnée chez eux, avec des cases à cocher (”offert une bière”, “pris en photo avec”, “couché avec” etc) et ils organisent des bingos une fois par an. Evidemment, je commence avec pas mal de retard, donc j’ai du tricher un peu sur les bords, surtout que j’ai même pas pensé à demander le moindre nom quand j’y étais (un peu amorphe, je vous dis)… C’est donc par un travail de déduction intense et le regroupement des différents compte-rendus que je suis plus ou moins en mesure de vous dire avec quelles célébrités Françaises j’ai passé une après-midi, que j’étais tellement près, j’aurais presque pu les toucher (!):