Où il n’est bien sûr nullement question, ni d’automne, ni de Paris…

18 December 2007

Obscénités

Filed under: J'exècre, L'Actualité — Dave A. @ 2:05 am

Father McKenzie wiping the dirt from his hands as he walks from the grave
No one was saved.
Eleanor Rigby

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Les enterrements sont des cérémonies paradoxales, en cela que l’on s’acharne à les rendre mémorables, mais tout le monde voudrait pouvoir les oublier aussitôt.

Vous avez déjà vu un photographe officiel à un enterrement, vous?

On se resserre un peu autour du cercueil, s’il vous plaît, je n’arrive pas à faire tenir tout le monde dans le champ… Maintenant le défunt avec seulement les enfants… Bon, après ça : quelques photos en extérieur, avec le soleil couchant dans les ormes du cimetière?

Il y a essentiellement deux types d’enterrements : ceux où l’on se rend pour le mort et ceux où l’on accompagne les vivants. Ceux dont en fin de compte, on garde peu de souvenirs, trop occupé à surnager dans sa peine pour faire attention au reste… Et ceux dont chaque minute austère et inconfortable s’imprime à l’encre de la douleur ambiante.

C’est dans ces cas là que les détails les plus idiots prennent de ridicules proportions. De minuscules angoisses sociales qui se transforment en interminables débats intérieurs : des questionnement sur la couleur de sa cravate, le nombre de boutons de sa veste ou la tournure exacte du cliché condoléancieux qu’il sera de bon ton de prononcer, sans chercher l’originalité ou la sincérité. Et puis à coté, pendant que je m’interroge sur mon choix de boutons de manchette, il y a un mort et des gens qui pleurent.

Bien sûr, je la ressens aussi, cette tristesse qui m’entoure. Un peu par empathie, un peu par un égoïste réflexe d’identification. En fait, je me souviens surtout des dernières fois où c’était moi, celui pour qui rien n’avait d’importance, celui qui serait venu en jeans et baskets, sachant bien que les morts s’en foutent, autant que je me foutais des vivants en ces occasions.

Ce jour là, c’était pour les vivants que j’étais venu. Debout, les yeux baissés dans la contemplation de ma paire de gants.

Et puis tu as pris la parole.

Immédiatement, je ne t’ai pas aimé.

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21 February 2007

Solipsitude

Filed under: Nombrilisme, Qui sommes-je, où allons-je? — Dave A. @ 4:15 am

Download Litanie_des_s.mp3

Vous savez de quoi j’ai besoin ces jours-ci?

Moi non plus.

D’ailleurs ça m’embête un peu. C’est important de savoir de quoi on a besoin. Si j’en crois Sigmund, le secret du bonheur consiste à auto-analyser ses désirs réprimés, apprendre à les sublimer dans la mondanité d’un quotidien banal, puis devenir expert-comptable. Je crois que Karl Jung était pas tout à fait d’accord. D’un autre coté, Sigmund et Karl s’accordaient sur peu de chose, sinon pour se traiter l’un l’autre de charlatan libidineux sénile.

Quoi qu’il en soit, savoir ce qu’il nous faut, ce qu’on veut, c’est important. Attention, hein, n’allez pas chercher dans le métaphysique ou l’avenir lointain. Il ne s’agit pas de ce que je veux faire, ce que je veux devenir ou ce que je veux faire graver en épitaphe… Non : ce que je veux, là, en ce moment, ce que je désire, ce qu’il me faut, qui il me faut, avec seins, sans sein, à dessein, sans dessin… Ce n’est ni hésitation, ni indifférence, juste l’inconnu… Une inconnue?

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21 January 2007

Au programme

Filed under: Nombrilisme — Dave A. @ 11:40 pm

Download Rudie.mp3

En anglais on appellerait ça des teasers.

Le teaser, c’est ce bout de film, bouquin, etc. qui vous donne envie d’en voir plus. Parfois même un parfum ou un bout de jambe qui donne envie d’en toucher plus. À ne pas confondre avec le string ficelle remonté au dessous de la nuque, qui donne plutôt envie de demander combien.

Des teasers donc, concernant les billets que je m’engage à poster d’ici la fin de l’année 2007 (à cinq billets par an, je prends pas de gros risques, mais c’est déjà ça). Certains sont déjà à moitié écrits, quelques autres à moitié non-écrits, et d’ici le 31 décembre prochain, tous seront publiés.

Alors, quelques thèmes à venir, sans ordre particulier :

  • La pension. J’ai été envoyé en pension dans les alpages à partir de l’âge de un-peu-petit, jusqu’à la quinzaine mûrissante. Étrangement, je n’en garde pas de souvenirs particulièrement traumatisants. Peu de temps après mon évasion réussie, j’emménageai seul dans un studio parisien.
  • Des souvenirs. Ingénieusement fabriqués à la main selon une recette ancestrale, j’en vendais sur le Pont des Arts, en compagnie de ma copine de l’époque, aux touristes américains que nos gueules de lycéens sous-nourris devaient apitoyer (en fait, on bouffait à l’oeil dans la moitié des rades du quartier).
  • L’hôpital. Quand j’étais petit, je voyais des gens en blouse blanche partout. Toujours de temps en temps. Mais ça va mieux, je me soigne.
  • Prague. Par de regrettables concours de circonstances. J’ai fini dans une prison Tchèque. Deux fois.
  • Permis. Bien qu’étant maintenant un grand garçon, a priori pas moins doué que la moyenne pour les trucs qui roulent. Je n’ai jamais eu le temps ou l’occasion de passer mon permis de conduire voiture. Mon bref passage à Los Angeles fut l’une des rares fois où cela m’a particulièrement compliqué la vie.

NB : bien entendu, seuls les esprits contrariants verront dans le présent sommaire, un procédé chafouin de troisième sous-sol (bref de bien bas étage), me permettant de répondre, sans avoir l’air de renier complètement mes beaux principes, à l’une de ces stupides chaînes littéro-blouguesque qui pullulent, même chez les gens de bonne compagnie.

De toute manière, tout ce qui précède n’est que fabrication éhontée, comme d’habitude.

18 January 2007

La Culture m’excite au plus haut point…

Filed under: J'adore, L'Actualité — Dave A. @ 4:20 am

Download Buddy_Rich.mp3

Ces temps-ci, par les bons soins de mon ange-gardien, je traîne beaucoup dans les cocktail-party culturo-ministérielles. C’est la nouvelle année : tout le monde, de Monsieur le Ministre lui-même jusqu’au plus obscur sous-secrétaire détaché à la Culture de la Betterave en Basse-Creuse, y va de sa cérémonie de voeux, occasion à moult allocutions verbeuses auto-fellatrices, mais toujours assortie de promesses d’une conclusion foie-gras-champagne, histoire d’assurer le quota de main clappantes tout au long durant. Dans la pratique, c’est un peu la charmante continuation des bonnes veilles traditions de cours bourbonesques, les perruques poudrées en moins.

Ma sensation aiguë de n’avoir aucune raison légitime de mettre les pieds dans ces raouts muséophiles en est donc atténuée par la réalisation que la vaste majorité des autres convives présents n’en ont guère plus.

Pour ceux qui envisageraient de se lancer dans une carrière de parasite de la République à plein temps : ne tenez aucun compte, dans le choix de vos fonctions sociales, du renom de la tête d’affiche qui est très rarement gage de qualité coté buffet. Privilégiez en revanche les piètres orateurs à discours long et ennuyeux. D’expérience, plus le discours est chiant, plus la marque du mousseux tire vers le haut (c’est à ça que ça sert, un conseiller en com’).

Toutes ces invitations viennent par ailleurs accompagnées d’entrée privilégiée aux collections artistiques attenantes. Visites d’autant plus tranquilles qu’elles intéressent nettement moins les récipiendaires des-dits cartons que les plateaux de petits-fours Picard réchauffés.

L’autre jour, donc, durant l’une de ces traditionnelles lectures de pages-jaunes de la nouvelle année, quelque part entre les remerciements à Monsieur-le-Conservateur-du-Musée-du-Liège-et-du-Bouchon-d’Anvers-sur-Loire et le couplet nécessaire sur la grande amitié franco-abu-dhabinoise (Abou Dhabi, son histoire immémoriale, la richesse culturelle de ses sous-sols…), je somnolais, songeant que pouvoir matter sereinement du masque africain tout l’après-midi, loin du hoi polloi des jours ouvrables valait bien le sacrifice de quelques neurones innocents à l’autel du pompier inconnu mort pour le style. En murmurant aussi à ma gente compagnie qu’ils avaient intérêt a servir au moins du Piper-Heidsick millésimé dans le carré VIP pour rattrapper ça.

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15 January 2007

J’ai pour me guérir du jugement des autres, toute la distance qui me sépare de moi-même.

Filed under: Carnet de Bal, J'adore, J'exècre — Dave A. @ 2:44 am

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J’ai beau essayer le zen, la quête du satori, la mort lente par agonie des neurones.
Le calme me fait peur, je n’y peux rien, c’est comme ça. L’anxiété sociale, la peur du vide, Qualche volta, quest’oscurità, questo silenzio, mi pesano… Tout ça…

Alors du coup, un peu comme les héros shakespeariens qui redeviennent lucides cinq minutes avant leur mort, les journées d’agitation totale me donnent toujours un paradoxal sentiment de liberté et de champ des possibles quasi-infini.

Je crois que c’est pour ça que j’aime bien le dernier jour de l’année. Pas parce qu’un corps céleste est sur le point d’accomplir sa millionième-et-quelques révolution autour d’un des milliards d’astres de la galaxie, pas parce que le petit Jésus s’est fait couper le bout de la zigounette 2007 ans plus tôt, pas même parce que c’est le jour où le dernier des connards se sent forcé d’enfiler un chapeau en carton en sirotant des bulles pour faire oublier qu’il passe les 364 autres soirées de l’année à roter sa kro’ sur son canapé devant TF1… J’aime le 31 décembre, parce que c’est un des jours où j’apprécie le plus de ne rien faire d’important. Je prends mon temps ce jour-là, et chacune des petites activités banales auxquelles je m’adonne a le goût des occupations plus solennelles dont elle prend la place.

Bien sûr, je ne passe pas (toute) ma journée à rêvasser sans but en relisant les livres que je n’ai presque plus le temps d’ouvrir ces jours-ci. J’aime bien profiter de l’occasion pour contacter les amis que je ne peux me résoudre à laisser filer complètement comme du sable entre les putains de griffes du temps qui passe. J’aime bien les inviter à aller prendre un café et reprendre les discussions au point où nous les avons laissées un ou dix ans plus tôt.

Pendant le dîner, on a parlé des cinq dernières années de la vie de nos alter-egos respectifs : ceux qui vivent dans une dimension parallèle où les maisons sont peintes par Caravage, les dialogues écrits par un écrivain fou et les chats se déplacent sur des échasses. (more…)

8 September 2006

Ce que je me raconte…

Filed under: Nombrilisme — Dave A. @ 8:08 pm

I think it was John Lennon who once said ‘life is what happens when you’re making other plans’… Although he also said ‘I am the walrus, I am the eggman’, so I don’t know what to believe. Tim Canterbury

Download Le_Vent_Nous_Portera.mp3

L’écriture à vocation thérapeutico-soporifique (mon sommeil, hein, pas le vôtre, a priori) est par essence un genre plutôt frustrant, puisqu’elle aboutit toujours soit à la lassitude, et donc l’échec, soit au succès, et donc l’abandon. En l’occurrence, ça marche plutôt bien (pour moi), puisqu’à la difficulté de fermer l’oeil, à succédé celle de le garder ouvert après le coucher du soleil. Suivant votre degré de foi en la matière, il peut s’agir soit d’un résultat probant pour les vertus curatives de l’écriture, soit d’une simple coïncidence et d’une accumulation de fatigue physique et psychique dépassant finalement le seuil de tolérance.

Bien sûr, il fallait que ce soudain revirement ait lieu alors même que je laissai bien malgré moi en suspens mes ruminations de tantôt, plutôt négatives et manquant cruellement d’un pendant, sinon positif, en tout cas constructif. Conscient du risque que la rédaction de cette suite ne succombe au passage du temps et à l’évolution de mes humeurs, je me permet de m’affranchir des habituels efforts en matière d’élaboration et de relecture pour vous livrer les quelques bribes d’idées qui me trottaient dans la tête alors et que je ne me sens pas de remiser jusqu’à la prochaine insomnie litéraire. Pour un peu, je pourrais juste enlever toute ponctuation et appeler ça du courant de conscience, mais ma cuistrerie s’arrête quelques degrés en deçà.

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4 September 2006

Ce que je raconte…

Filed under: Nombrilisme, Qui sommes-je, où allons-je? — Dave A. @ 12:49 am

Saison faste pour la postiférance.
Sauras-tu, ami lecteur, en deviner l’improbable cause?
Point d’inquiétude, il en sera certainement question prochainement.
En attendant, ne te réjouis pas trop, tendre compagnon de ma plume, car avec la cadence de rendement, vient la chute de qualité. Et je l’illustre céans par une digression para-bloguistique des plus laborieuses.
Encore quelques jours et je passe à la chronique quotidienne des habitudes alimentaires de mon poisson rouge.

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3 August 2006

Excuses

Filed under: Pas assez d'ennemis... — Dave A. @ 6:27 pm

Il semblerait que j’aie hier soir déclaré devant moins que : “conformément aux dogmes de notre très Sainte Mère l’Église et en accord avec les décrets du Concile de Trente de 1542, la femme ne soit à l’évidence pas plus dotée d’une âme immortelle qu’en mesure d’utiliser pleinement les technologies modernes telles que l’ordinateur personnel ou l’interweb”.

Les méfaits de l’alcool et mon état d’ébriété alors déjà assez avancé sont, vous vous en doutez, entièrement à blâmer pour de telles déclarations.

Je tiens à m’excuser ici publiquement pour une telle erreur et rectifier sur le champ en précisant que ce n’est pas du Concile de Trente qu’il s’agissait, mais bien du Concile de Mâcon, tenu quelques dix siècles auparavant. On ne manquera pas au passage d’admirer là encore la modernité de nos saintes institutions, qui statuèrent sur d’aussi cruciales questions avant même que la recherche scientifique moderne ne daigne s’y intéresser.

Toutes mes excuses à ceux que cette grossière inexactitude historique aurait pu choquer.

25 July 2006

Babouineries pt. 2

Filed under: Qui sommes-je, où allons-je?, le Japon — Dave A. @ 12:00 am

Download Cocaine.mp3

La dernière fois, j’évoquais les conditions dans lesquelles j’avais assisté à un grand tournoi de lattage de gueule thaïlandais, d’assez près pour recevoir des éclaboussures au coin de l’oeil. J’avais même laissé entendre que quelques détails croustillants, avec bris d’os et de dents filmés en gros plan, pourraient constituer la matière première du présent billet. Il n’en est rien bien sûr, et ce vil stratagème n’avait pour autre but que de maintenir artificiellement éveillé l’intérêt ténu des trois lecteurs égarés sur ce blog (avec l’espoir secret qu’ils n’aient pas retrouvé leur chemin entre temps).

En effet, ce n’est pas vraiment du spectacle que j’avais prévu de parler, mais plutôt des spectateurs. Ou pour être exact, des spectatrices. Et même en cela, ne vous attendez pas à quelque fresque sociale vibrante de réalisme, façon National Geographic : le décor et le contexte importent peu en fin de compte, puisqu’il s’agit de parler de moi, comme d’habitude. Moi et mes épiphanies spirituelles à onze heures du soir, au bord d’un ring ensanglanté de la banlieue de Tokyo, mon cinquième verre d’oolong-cha & shochu on the rocks, délicatement posé sur un petit guéridon dans un coin de notre loge. Mais avant d’en arriver là, et pour des motifs tenant autant du délayage grossier que de l’exigence narrative, laissez-moi relater une seconde anecdote qui n’est pas sans rapport avec celle que je vous narrai naguère. Vous verrez, tout s’éclaire à la fin (en ce qui me concerne, en tout cas) :

Quelques mois et quelques milliers de kilomètres après mon séjour à Bangkok, j’étais à Tokyo et invité à un autre grand tournoi d’art martial.

À ce stade du récit, il pourrait être tentant de suggérer que derrière une indifférence affichée, sommeille en moi une passion dévorante et inavouable pour les spectacles de gladiateurs contemporains. Je vous prie de croire qu’il n’en est rien. Cette fréquentation statistiquement improbable des arènes de combat est seulement un exemple flagrant du sens de l’humour un peu pourri pratiqué par les divinités en vigueur. Je suis convaincu qu’à l’heure où je vous parle, il existe quelque part dans le monde, un fan inconditionnel d’arts martiaux qui ne comprend pas pourquoi tout le monde s’entête à lui offrir des tickets d’opéra gratuits et des invitations à partager une loge à la Scala pour la saison.

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4 February 2006

Épiphanie Régressive

Filed under: Nombrilisme — Dave A. @ 6:16 am

Download Jsuis_parti_de_chez_mes_parents.mp3

Pour être tout à fait franc, j’avais non seulement présagé l’intérêt particulier que susciteraient mes déclarations sur la perte des illusions de jeunesse (l’angoisse de la sénilité a depuis bien longtemps supplanté celle de la mortalité dans les discussions de salon, de ce coté-ci du Sahara), et je songeais même depuis plusieurs semaines au billet incisif et argumenté qui suivrait cette entrée en matière. Un billet où j’aurais ironisé sur les étranges effets secondaires des voyages en avion sur les affiliations politiques (vous embarquez quelque part une faucille à la main et débarquez dans un autre pays vêtu d’une chemise brune sans même vous en apercevoir). Un billet où j’aurais fait le bilan du pour et du contre, en arguant fallacieusement que l’on ne peut pas être un vieux con quand on écoute la musique de sauvage que j’écoute.

Et puis ce matin, une bouteille de vodka calé entre les genoux, à fignoler les détails de Monde 2.0 avec Pierre, assis sur le toit de l’immeuble (une vieille habitude) tout en faisant des tests aéronautiques avec les feuilles du Figaro piqué au paillasson matinal du voisin (une autre vieille habitude), j’ai eu une révélation:

C’est pas parce qu’on sort de l’âge légal pour être un jeune con qu’il faut automatiquement devenir un vieux con.

En faisant un peu d’effort, on peut aussi redevenir un petit con très convaincant. Et c’est quand même vachement plus marrant.

11 January 2006

Entomologie Humaine

Filed under: Pas assez d'ennemis... — Dave A. @ 1:47 am

Les phases de croissance de la larve d’homo sapiens, tout particulièrement son cycle de reproduction, restent de nos jours très mal documentées, occultées par l’attention disproportionnée donnée aux rites de copulation chez cette même espèce. Cette méconnaissance entraîne de nombreux comportements à risques. La lutte contre ce fléau millénaire passe nécessairement par l’éducation du public et sa sensibilisation aux innombrables répercussions écologiques de cette propagation endémique.

Trois phases se distinguent dans le développement de la larve d’humain: Ennuyeuse, Dangereuse et Nuisible.

La phase Ennuyeuse s’étend de l’éclosion jusqu’à la première année. Elle se repère facilement par la tendance de la larve à hurler à intervalles réguliers tout en excrétant un volume de fluide corporel à peine croyable pour un organisme de taille aussi insignifiante. Bien que représentant une menace sonore et olfactive sérieuse, son pouvoir de nuisance se concentre à ce stade là sur son entourage familial. Elle ne présente que peu de danger pour le public à condition de ne pas s’approcher trop près des maternités ou de vivre dans un pays bénéficiant de réglementations laxistes en matière d’avortement post-natal.

La dernière phase, la plus longue, débute vers deux ans, quand la larve acquiert sa mobilité et entreprend immédiatement la ruine financière, morale et physique de ses géniteurs, étendant progressivement cette ambition à son entourage plus ou moins direct. A l’issue de leur mue, les larves les plus innoffensives grandissent en bandits de grands chemins ou meurtriers de petite vieilles, les autres font des études et se tournent vers des techniques de tuerie à plus grande échelle ou deviennent banquiers.

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19 December 2005

Questions Existentielles

Filed under: Qui sommes-je, où allons-je? — Dave A. @ 9:19 pm

Les questions existentielles se répartissent en deux catégories: celles dont peu de gens connaissent la réponse au point qu’elles paraissent ne pas en avoir, mais auxquels en réfléchissant bien ou de manière empirique, on peut fournir une réponse argumentée… Et puis celles pour lesquelles on a beau chercher, on finit toujours avec le mauvais nombre de réponses… Pour ceux de nos auditeurs qui auraient manqué notre émission spéciale “Dialectique hégélienne: vaste fumisterie ou véritable handicap mental“, je rappelle que le bon nombre de réponses de l’honnête homme à une question – existentielle ou pas – est: un. Pas zéro, pas deux, pas trois ni même quarante-deux, mais bien un.

Une question type de la première catégorie serait donc: “Combien font deux et deux?”, facilement extrapolable à l’ensemble des tables d’addition et de multiplication, sauf peut-être celle de sept, parce qu’elle est quand même vachement dur, mais bon… On peut résumer en disant que toutes les questions de votre prof de math rentrent aisément dans la catégorie de celles auxquelles on peut répondre, abstraction faite du nombre de singes et de machines-à-écrire à votre disposition.

Comment? “Et Gödel dans tout ça”? Eh bien c’est un très bon point, sur lequel il convient absolument de se pencher… J’allais d’ailleurs y… Oh! là bas! derrière vous! un numéro tout neuf de Science & Vie Junior…

[…]

qui recouvrait apparemment une mine antipersonnel… ah, pas de chance…

Bien, reprenons.

Donc, quand à la deuxième catégorie – celle des questions pour lesquels aucun consensus homologué n’a été atteint ou ne semble devoir l’être un jour, il est beaucoup plus difficile de discerner où elle commence et s’arrête réellement…

Qui c’est le plus fort: l’éléphant ou le rhinocéros?

… par exemple, fut longtemps considéré Catégorie Deux par les plus grands experts en la matière. En réalité, il suffit de savoir la taille des oreilles de l’éléphant et le problème devient trivial.

Parmi les autres indécidables historiques figurent, en vrac:
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6 October 2005

Pourquoi Houellebecq me les brise

Filed under: J'exècre — Dave A. @ 4:46 pm

C’est pas pour me vanter, mais je ferais un piètre critique litéraire.

D’abord, parce que je sais lire, et l’on m’a assuré que cela constituait une tare rédhibitoire dans le milieu.

Ensuite, parce que malgré des opinions tranchées à l’égard de l’ensemble de la production artistique de mes contemporains, j’arrive difficilement à en formuler avec exactitude les raisons communicables à un quelconque interlocuteur. Mes goûts et dégoûts sont souvent viscéraux, mais rarement argumentés de manière convaincante. A ma défense, chez la plupart des gens, défendre un livre se fait essentiellement par l’exposition de faits sans rapport ou de syllogismes creux (”elle a couché avec untel”, “il parle super bien à la télé”, “sa photo sur la quatrième de couv’, elle est à tomber par terre” etc). Plus l’auteur est récent et médiatisé, plus les arguments sont stupides. Rien de plus navrant que les contorsions intellectuelles du branché qui tente de donner une caution artistique à ses lectures grégaires.

De Houellebecq, je n’ai lu que Plateformes et les Particules Elémentaires; l’insipidité de son style et un sentiment indéfinissable d’agacement extrême me firent refermer ce dernier avant la fin du troisième chapitre. Et justement, ce qui est étrange dans la répulsion que m’inspirent l’oeuvre et son auteur, c’est que j’ai toujours eu du mal à en définir les raison précises.

De prime abord, pourtant, nous partagerions bien quelques vues sur la médiocrité du genre humain. Nous semblons détester dans la même direction: Il exsude de Plateformes un certain mépris du petit-bourgeois cadresupérien qui s’en va barouder dans les Club Meds les plus reculés de la planète histoire de tromper l’ennui et si possible sa femme avec de la marchandise locale bon-marché… Un mépris que je ne saurait renier, même s’il me semble y discerner pas mal de complaisance aussi. Du coté des goûts, en revanche, il m’est bien plus difficile de m’identifier aux engouements de cet homme. Ou plutôt, son engouement, puisqu’il n’en existe qu’un: le cul. Or j’ose espérer que même dans mes fantasmes les plus inavouables, on ne trouve guère de cet érotisme Harlequin de supermarché campagnard qui lui tient guise de libido.

Et puis au fil de conversations, je me suis aperçu que toutes les réponses au pourquoi de ma haine se trouvent directement dans les arguments de ses défenseurs.

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