Où il n’est bien sûr nullement question, ni d’automne, ni de Paris…
8 juillet 2010
Vu d’en haut, le combat pour la nuit berlinoise est bien inégal.
Dans les rues, une obscurité tellement glaciale qu’elle étouffe sans difficulté la lueur chétive des réverbères au gaz, assiège les dernières poches de résistance autour d’Alexanderplatz et Prenzlauer. A hauteur d’yeux, dans la distance, quelques néons commerciaux marquent sans entrain les rares immeubles de la ville. La Fernsehturm avec son profile incongru de film SF des années 50 en serait presque rendue digne… Au milieu : des flocons en suspension s’attardent à quelques mètres de la baie vitrée, transformée en vue aquatique des profondeurs…
Le restaurant qui s’étale dans mon dos est typique des goûts d’Erik: sophistiqué, cher et culinairement médiocre. De longues listes d’ingrédients faussement exotiques maquillent l’indigence de la carte, tandis que la fraicheur des mojitos et le décolleté des hôtesses s’efforcent de palier au reste. Pour la plupart des convives, il s’agit surtout de donner un prétexte à quelques aller-retours de fourchette entre deux cocktails. Je me suis levé au détour d’un battement de conversation, sans m’encombrer d’excuses auprès d’Anja qui ne s’en est guère émue : la bienséance n’est après tout qu’une convention érigée pour ostraciser les rustres ; entre gens de bonne compagnie, toute politesse est superflue.
Tout à ma contemplation du ballet météorologique, j’essaie de déceler les symptômes d’un accès de misanthropie comme ces réunions en provoquent assez souvent chez moi, mais étrangement non : ce soir je suis plutôt en paix avec l’humanité.
Je regarde Erik échanger avec sa mère dans un allemand hésitant, passer au français, qu’elle maîtrise mal, puis finalement à l’anglais, compromis impersonnel mais efficace. Les mots langue maternelle, et toute la symbolique de son absence, s’imposent d’eux même. Muttersprache. Mother tongue. Charlotte, qui a grandit à Boston, parle très bien le français maintenant, quoiqu’avec un léger accent vaudois. Roman me rejoint devant la vitre et me tends nonchalamment quelques flocons que j’écrase entre deux pièces d’un euro. Là encore, l’ironie du symbole m’effleure. J’aspire mes deux euros, prends la cigarette que Roman m’a allumée et regarde son reflet jouer à poser son chapeau sur ma tête.
Malgré notre tendresse les uns pour les autres, il y a bien longtemps que nous n’avons plus grand chose en commun, ni par les goûts ni par les préoccupations, ni même par les ambitions. Et pourtant tout semble naturel, fluide, familier et presque confortable. C’est peut-être ça, l’atavisme.
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1 décembre 2009
Tous les jours, je me rends au laboratoire en bicyclette.
Le matin, j’emprunte une petite route en promontoire qui serpente le long du fleuve : entre les reflets argentés des galets, les maisons en bois alignées sur la rive en face et les montagnes tout autour, on se croirait dans une vallée des Alpes. À part les automobilistes, qui se sentent peu concernés par la nonchalance helvétique, et ne partagent qu’à contre cœur l’étroite route à double sens avec les amateurs d’air champêtre en deux-roues.
Le soir, je coupe par les terres et navigue les chemins de rizière à la seule lueur de ma dynamo. À choisir mes risques, plutôt finir dans cinquante centimètres d’eau boueuse, qu’aplati entre deux semi-remorques.
J’aime bien ma routine du soir, où la nécessité de tenir un guidon plutôt qu’un livre ou un bloc-notes, me force à passer vingt minutes en tête-à-tête avec mes pensées. C’est fou, les choses dont on se souvient lorsque l’on n’essaie pas de réfléchir à quelque chose. Un ami qui avait fait le tour du monde en vélo m’avait confié qu’il occupait les étapes les plus monotones de son périple en se récitant des quatrains : les alexandrins se plieraient naturellement au rythme des coups de pédale sur une respiration régulière. Il avait raison.
L’air vespéral a le parfum distinct des soirées d’automne, vivifiant mais pas encore glacial, un air au goût délicieux, comme on dit par ici.
Parfois, en pédalant dans ma campagne crépusculaire, je ne peux m’empêcher de penser aux curés de Bernanos, sans vraiment savoir pourquoi.
Je me demande s’il existe un bovarysme heureux.
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21 août 2009
À Singapour, tout le monde court.
En petites foulées. Le plus souvent à deux, mais parfois par groupes de trois ou quatre. Sur les trottoirs, d’un parc à l’autre, le long de la Marina, autour de la résidence, le long des cours de golf, dans les allées du Jardin Botanique, entre deux massifs d’orchidées.
Singapour est une ville où respirer en temps normal donnerait des envies de branchies à Emil Zátopek et où pas un expatrié ne songerait à se rendre à un rendez-vous d’affaires dans la tour voisine sans emprunter un taxi. Ici, faire du jogging, c’est dire au monde que, malgré le chauffeur privé et la terrasse climatisée, on ne va pas s’arrêter là : pas question de se laisser rattrapper. Le jogging n’est pas une activité sportive, c’est un statut.
Le mini-short griffé et la queue de cheval dépassant de la casquette de golf, les jeunes locales ambitieuses veillent à maintenir le profil callipyge qui, dans leur tailleur d’assistante-analyste à Brothers & Brothers, finira bien un jour par leur rapporter ce mari doté d’un bureau en coin, résidence avec piscine et armée de domestiques philippins, dont elles rêvent le weekend en parcourant les boutiques de luxe d’Orchard Road. Devant elles, la génération précédente, les traits un peu plus tirés, mais le short un peu plus griffé, sue à grosses gouttes pour garder sa place et sa piscine.
Des types qui doivent s’appeler Josh ou Skip, avec des têtes à faire du rééquilibrage de portfolio en trading quantitatif, tirent leur choléstérol de comptables vieillissants mais dynamiques, accompagnés parfois par quelques juniors pas forcément plus en forme, à qui il faut bien montrer qui dirige la meute.
Bien sûr, il se trouve toujours un ouvrier malais ou un livreur indien pour gâcher l’harmonie de ce ballet de sueur aristocratique par une course à motifs bassement utilitaires. Le pas moins rythmé, la transpiration moins nonchalante, ils en donneraient presque honte aux gens aisés de courir sans but et sans raison.
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17 juillet 2009
La mousson Kyotoïte est l’un des pire climats du Japon. Du temps de la vieille capitale impériale, les notables avaient coutume de prendre leurs quartiers d’été dans les hauteurs avoisinantes afin d’échapper aux chaleurs insupportables de la ville : plusieurs semaines de nuits suffocantes et poisseuses à peine rafraîchies par des averses quotidiennes.
Debout sur le balcon, je cherche ma respiration et je me dis que je préférerais être au milieu d’une de ces forêts de bambou qu’on devine là-bas dans l’obscurité. Dans la vallée, les lumières vacillent sous le poids de leur propre chaleur. Derrière moi, H. suffoque à petits bruits.
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10 juillet 2009
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H. sanglote à petits bruits, la tête baissée, pendue à mon bras. J’avance en titubant légèrement, j’essaie de ne pas glisser sur les mousses qui couvrent la plupart des marches. C’est qu’il est plutôt escarpé, le petit cimetière d’Engaku-ji.
Le groupe qui se tient au bout de l’allée semble à peine plus âgé que nous dans l’ensemble. Également réparti entre les sexes et uniformément vêtu du noir monotone des enterrements japonais, ses membres n’affichent aucune émotion, sinon un air morne et taciturne pour les plus jeunes. Quelques regards se tournent brièvement sur notre passage, par réflexe ou par ennui, sans guère s’attarder.
Nous avons à peine franchi la porte qui sépare le cimetière du reste de l’enceinte que nous éclatons tous deux d’un rire à peine étouffé. Je mords à pleine dents le cuir de ma main gantée dans une vaine tentative de retenue. Pressant le pas comme les deux gamins coupables que nous sommes, nous rejoignons rapidement le chemin principal et reprenons notre promenade sous le ciel bleu ensoleillé d’un matin d’hiver.
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28 décembre 2008
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Quand la limousine à vitres teintées s’est arrêtée au coin de la rue, on a hésité quelques secondes. Et puis comme rien ne bougeait autour, Lauren a décidé qu’elle préférait risquer le kidnapping à la marche…
On est à peine à l’intérieur, que le conducteur abaisse la vitre de séparation, fait un signe vague en direction des banquettes et redémarre avant même d’ouvrir la bouche.
« Larry m’a appelé. Vous avez de la chance, j’étais censé finir dans deux heures, mais les clients précédents ont rendu l’âme plus tôt que prévu. »
Remarquant nos haussements de sourcil interrogateurs dans son rétroviseur, il précise :
« Mort par overdose de Veuve Cliquot. Rien de bien méchant, ils s’en remettront. La veste à 5000 balles de monsieur et les tapis rouges de la réception du Mark Hopkins : probablement moins.
Bon, on va où ? Vous êtes pressés au fait ?
— Non, ça va. Pas d’urgence. Le plan du reste de la soirée n’a pas encore été étudié avec précision, mais on va y réfléchir. »
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13 décembre 2008
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Le téléphone décroche à la troisième sonnerie : au moins une de trop, plusieurs secondes de plus qu’il n’en faut pour étendre le bras vers un tableau de bord, c’est pas bon signe.
« Larry?
— Lui-même.
— Toujours en affaires?
— Plus que jamais. »
Larry, depuis dix ans, c’est mon chauffeur de taxi attitré. À San Francisco, ville riche en colines et pauvre en transports, où les taxis choisissent leurs courses avec une minutie dédaigneuse et ne s’aventurent guère hors de Union Square après 2 heures du matin, il est indispensable d’en connaître au moins un ou deux par leur prénom. Ou d’aimer les marches nocturnes.
« J’aurais besoin de roues au coin de 16è et 8è, c’est envisageable ?
— Ça dépend : c’est urgent ? On vient de dépasser Fresno et même en tenant notre moyenne et en évitant les accidents de coyote, on en a encore pour six heures avant Vegas, un peu plus pour le retour.
— Las Vegas ? C’est pas un peu hors de ta juridiction ?
— Candy et Felicity avaient une urgence professionnelle. Tu me connais, je ne peux rien refuser à deux demoiselles en détresse et en tenue légère. »
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13 juin 2008
Quam juvat immites ventos audire cubantem
Et dominam tenero continuisse sinu
Tibullus
4 juin 2008
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En relisant le livre XII des mémoires post-tombales de l’ami René, je me suis avisé que j’avais un peu laissé en plan les miennes.
Je sais, c’est assez chiant Chateaubriand, mais vous avez déjà essayé de mettre la main sur du Patrick Poivre d’Arvors dans une librairie tokyoïte? Bref.
Arrivé à Prague dans la matinée, j’avais déposé mon sobre baluchon dans la tente de mes camarades, que j’avais laissés à leur atelier « artisanat banderoles et masques anti-fumigènes », pour aller retrouver Amelia dans un café du centre de la vieille ville.
J’aime beaucoup les vieux cafés praguois. Tout y est trop grand, guindé et suranné à l’extrême : les plafonds vertigineux, les meringues de chandeliers, les serveurs mornes en tablier blanc, les fauteuils trop droits pour être vraiment confortables, les conversations chuchotées pour ne pas déranger Kafka qui écrit à la table voisine. Kafka portait un jean déchiré, la mèche savamment sauvage façon artiste maudit et faisait semblant de se concentrer sur son moleskine mais en réalité n’arrêtait pas de balancer des regards en biais sur les nibards d’Amelia. Nous, on avait plutôt laissé tomber les Lettres et on s’attachait à parcourir les années dans les deux sens tout en élevant l’art de la digression à des niveaux insoupçonnés de fractalisation.
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27 février 2008
Je suis un misérable, je sais.
D’autant plus un misérable, que, insatisfait de la qualité de la conclusion de mon dernier opus confié à la garde de Maître Linux, j’en ai chafouinement annulé la publication programmée, dans l’attente d’une réécriture qui, comme vous l’aurez constaté, tarde un peu à venir.
Tout ça pour dire que je ne vous oublie pas, ô lecteur adoré… Il ne se passe pas un jour sans que mes pensées aillent à vous. Mais bon, voilà : la vie, les priorités, tout ça.
Néanmoins, c’est promis, je vous dédicace mon premier Nobel (ou mon premier né, suivant ce qui se pointe en premier).
31 janvier 2008
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9 janvier 2008
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Bon, reprenons.
La dernière fois, nous apprenions, à la grande surprise du jeune Dave, que non, la musique n’adoucit pas toutes les moeurs, surtout à partir de 130 bpm.
Cette fois-ci, notre héros, légèrement moins boutonneux mais non moins jeune, apprend à ses dépends que le hasard à parfois des hoquets un peu chiants.
La suite de l’histoire se déroule pas mal d’années plus tard : beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts de la Vltava depuis ce précédent épisode qui demeurait enfoui dans les souvenirs lointains et embrumés d’une jeunesse quelque peu chaotique et embrumée elle aussi. Suivant un plan de carrière solidement établi sur un coin de table de bar à 5 heures du matin, j’étais parti tenter gloire et fortune sur un autre continent où je commençais à avoir mes habitudes, ce qui n’empêchait pas d’occasionnels pèlerinages dans mes capitales européennes favorites. C’est à l’occasion d’un de ces passages que je renouai un soir avec la faction non-armée du front trotskiste de libération des sofas parisiens, branche canabique, en la personne de Nico.
Ah, Nico.
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2 janvier 2008
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Comme je l’évoquai il y a quelque temps, un détail amusant de ma notice biographique (à paraître prochainement dés que j’aurais fini de convaincre Jean d’Ormesson de l’écrire) est que, en dépit d’origines me prédisposant pourtant peu à une vie de crime et de forfaitures, j’ai été jeté par deux fois en prison. Pas n’importe où non plus, puisqu’il s’agissait, en chaque occasion, des délicieuses geôles de la République Tchèque, qui figurent pourtant assez bas au classement international des destinations touristiques incontournables.
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31 décembre 2007
Bon, il y a à peu près un an, j’ai fait une promesse stupide.
Comme toutes les promesses stupides, je n’ai finalement décidé de l’honorer qu’à 24 heures de son échéance, de peur de passer pour quelqu’un qui prendrait des engagements à la légère (il n’en est rien, bien sûr).
Ce matin aux aurores, après mon tour du domaine de chasse quotidien, je me suis donc mis à l’ouvrage et rattrapé mon retard de production des six derniers mois en engrangeant les billets concernés.
Maintenant donc que, à quelques nuances sémantiques près, je me suis acquitté de ma tâche, je me dit qu’il serait fort dommage de brusquer les habitudes de ce journal par un changement de cadence qui serait probablement fatal à bien des lecteurs dont le coeur déjà fragilisé par les abus de fin d’année ne s’en remettrait pas. Et vu la fréquentation des lieux, si on commence à décimer le lectorat, on est mal barré.
En conséquence, les-dits billets ont été confiés sous seing privé à mon huissier, maître Linux Server IV, qui se chargera à intervalles réguliers d’en opérer la publication sur ce journal dans les jours qui viennent.
En fait, le présent billet devrait lui-même apparaître de cette manière, ce soir à 23:59 précise, pour peu que les conditions météorologiques et thermonucléaires mondiales restent clémentes.
À l’année prochaine !
18 décembre 2007
Father McKenzie wiping the dirt from his hands as he walks from the grave
No one was saved.
Eleanor Rigby
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Les enterrements sont des cérémonies paradoxales, en cela que l’on s’acharne à les rendre mémorables, mais tout le monde voudrait pouvoir les oublier aussitôt.
Vous avez déjà vu un photographe officiel à un enterrement, vous?
On se resserre un peu autour du cercueil, s’il vous plaît, je n’arrive pas à faire tenir tout le monde dans le champ… Maintenant le défunt avec seulement les enfants… Bon, après ça : quelques photos en extérieur, avec le soleil couchant dans les ormes du cimetière?
Il y a essentiellement deux types d’enterrements : ceux où l’on se rend pour le mort et ceux où l’on accompagne les vivants. Ceux dont en fin de compte, on garde peu de souvenirs, trop occupé à surnager dans sa peine pour faire attention au reste… Et ceux dont chaque minute austère et inconfortable s’imprime à l’encre de la douleur ambiante.
C’est dans ces cas là que les détails les plus idiots prennent de ridicules proportions. De minuscules angoisses sociales qui se transforment en interminables débats intérieurs : des questionnement sur la couleur de sa cravate, le nombre de boutons de sa veste ou la tournure exacte du cliché condoléancieux qu’il sera de bon ton de prononcer, sans chercher l’originalité ou la sincérité. Et puis à coté, pendant que je m’interroge sur mon choix de boutons de manchette, il y a un mort et des gens qui pleurent.
Bien sûr, je la ressens aussi, cette tristesse qui m’entoure. Un peu par empathie, un peu par un égoïste réflexe d’identification. En fait, je me souviens surtout des dernières fois où c’était moi, celui pour qui rien n’avait d’importance, celui qui serait venu en jeans et baskets, sachant bien que les morts s’en foutent, autant que je me foutais des vivants en ces occasions.
Ce jour là, c’était pour les vivants que j’étais venu. Debout, les yeux baissés dans la contemplation de ma paire de gants.
Et puis tu as pris la parole.
Immédiatement, je ne t’ai pas aimé.
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