Où il n’est bien sûr nullement question, ni d’automne, ni de Paris…

27 February 2008

Rengaine

Filed under: Plomberie Littéraire — Dave A. @ 11:48 am

Je suis un misérable, je sais.

D’autant plus un misérable, que, insatisfait de la qualité de la conclusion de mon dernier opus confié à la garde de Maître Linux, j’en ai chafouinement annulé la publication programmée, dans l’attente d’une réécriture qui, comme vous l’aurez constaté, tarde un peu à venir.

Tout ça pour dire que je ne vous oublie pas, ô lecteur adoré… Il ne se passe pas un jour sans que mes pensées aillent à vous. Mais bon, voilà : la vie, les priorités, tout ça.

Néanmoins, c’est promis, je vous dédicace mon premier Nobel (ou mon premier né, suivant ce qui se pointe en premier).

31 January 2008

Les 22 Disparitions

Filed under: Rien à Voir — Dave A. @ 3:57 am

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9 January 2008

Prisons Tchèques Pt. 2

Filed under: le Reste — Dave A. @ 8:08 am

Download SinseMari.mp3

Bon, reprenons.

La dernière fois, nous apprenions, à la grande surprise du jeune Dave, que non, la musique n’adoucit pas toutes les moeurs, surtout à partir de 130 bpm.

Cette fois-ci, notre héros, légèrement moins boutonneux mais non moins jeune, apprend à ses dépends que le hasard à parfois des hoquets un peu chiants.

La suite de l’histoire se déroule pas mal d’années plus tard : beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts de la Vltava depuis ce précédent épisode qui demeurait enfoui dans les souvenirs lointains et embrumés d’une jeunesse quelque peu chaotique et embrumée elle aussi. Suivant un plan de carrière solidement établi sur un coin de table de bar à 5 heures du matin, j’étais parti tenter gloire et fortune sur un autre continent où je commençais à avoir mes habitudes, ce qui n’empêchait pas d’occasionnels pèlerinages dans mes capitales européennes favorites. C’est à l’occasion d’un de ces passages que je renouai un soir avec la faction non-armée du front trotskiste de libération des sofas parisiens, branche canabique, en la personne de Nico.

Ah, Nico.

J’avais rencontré Nico à l’époque où nous usions tout deux nos fonds de matière grise sur les bancs d’une vénérable institution spécialisée dans le lavage de cerveau à but éducatif. De tous nos camarades de cet époque, Nico et moi étions parmi les deux seuls à ne pas avoir cherché et obtenu le droit de défiler sur les Champs Élysées, cornes au front, plume aux fesses, entre deux chars Leclerc. Lui, par vocation, moi par absence totale d’icelle ; la sienne étant d’aller enseigner la réduction d’endomorphisme et la contestation sociale aux pupilles amorphes de la nation, du haut des estrades de la République. Fort heureusement, ni ses responsabilités nouvelles, ni l’attente du Grand Soir sans cesse différé, ne l’avaient détourné de ses passions horticoles premières. Passions dont les fruits, il faut bien l’avouer, contribuaient nettement à l’appréciation des débats philosophico-politiques prenant place avec régularité sur la moquette de son studio, cinq soirs par semaine, hors congés et veilles d’exams. Qu’on ne se trompe pas : malgré sa doctrine de guévariste larzacien et une utilisation un rien trop parcimonieuse des resources en eau de sa salle-de-bain, Nico était un mec bien, que je respectais énormément pour s’être tenu à des convictions qu’il aurait pu facilement brader au moment opportun.

De passage chez Nico, autour d’un calumet de la paix, je m’attachai ce soir-là à ne pas ouvrir de polémique par un questionnement trop aiguë de certaines notions économiques avancées par quelque convive en poncho, quand le sujet se porta sur l’organisation du lendemain. Ce weekend là, se déroulait dans quelque contrée éloignée une sorte de messe satanique à l’échelle planétaire où des suppôts du capitalisme de tous pays se réunissaient en vue d’échanger leurs meilleurs recettes de tournedos de chaton braisé avant de renégocier les termes de leur partage du monde. Une occasion rêvée pour la cellule parisienne du Front d’aller serrer les coudes avec ses homologues étrangers tout en formulant vocalement et kinético-minéralement leur désaccord sur la tenue de ce sommet. Comme il restait un demi-siège de R5 et un quart de réservoir à pourvoir, je résolus de me joindre au groupe. Il était bien entendu qu’une fois arrivé, je leur laisserais le soin de remplir le quota de participation à la vie associative locale, tandis que je mettrais à profit ces heures pour aller dire bonjour à Amelia.

Rien ne pouvait échouer avec un plan aussi simple.

2 January 2008

Prisons Tchèques Pt. 1

Filed under: le Reste — Dave A. @ 3:03 am

Download Go.mp3

Comme je l’évoquai il y a quelque temps, un détail amusant de ma notice biographique (à paraître prochainement dés que j’aurais fini de convaincre Jean d’Ormesson de l’écrire) est que, en dépit d’origines me prédisposant pourtant peu à une vie de crime et de forfaitures, j’ai été jeté par deux fois en prison. Pas n’importe où non plus, puisqu’il s’agissait, en chaque occasion, des délicieuses geôles de la République Tchèque, qui figurent pourtant assez bas au classement international des destinations touristiques incontournables.

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31 December 2007

Au programme, bis.

Filed under: Plomberie Littéraire — Dave A. @ 11:59 pm

Bon, il y a à peu près un an, j’ai fait une promesse stupide.

Comme toutes les promesses stupides, je n’ai finalement décidé de l’honorer qu’à 24 heures de son échéance, de peur de passer pour quelqu’un qui prendrait des engagements à la légère (il n’en est rien, bien sûr).

Ce matin aux aurores, après mon tour du domaine de chasse quotidien, je me suis donc mis à l’ouvrage et rattrapé mon retard de production des six derniers mois en engrangeant les billets concernés.

Maintenant donc que, à quelques nuances sémantiques près, je me suis acquitté de ma tâche, je me dit qu’il serait fort dommage de brusquer les habitudes de ce journal par un changement de cadence qui serait probablement fatal à bien des lecteurs dont le coeur déjà fragilisé par les abus de fin d’année ne s’en remettrait pas. Et vu la fréquentation des lieux, si on commence à décimer le lectorat, on est mal barré.

En conséquence, les-dits billets ont été confiés sous seing privé à mon huissier, maître Linux Server IV, qui se chargera à intervalles réguliers d’en opérer la publication sur ce journal dans les jours qui viennent.

En fait, le présent billet devrait lui-même apparaître de cette manière, ce soir à 23:59 précise, pour peu que les conditions météorologiques et thermonucléaires mondiales restent clémentes.

À l’année prochaine !

18 December 2007

Obscénités

Filed under: J'exècre, L'Actualité — Dave A. @ 2:05 am

Father McKenzie wiping the dirt from his hands as he walks from the grave
No one was saved.
Eleanor Rigby

Download EleanorRigby.mp3

Les enterrements sont des cérémonies paradoxales, en cela que l’on s’acharne à les rendre mémorables, mais tout le monde voudrait pouvoir les oublier aussitôt.

Vous avez déjà vu un photographe officiel à un enterrement, vous?

On se resserre un peu autour du cercueil, s’il vous plaît, je n’arrive pas à faire tenir tout le monde dans le champ… Maintenant le défunt avec seulement les enfants… Bon, après ça : quelques photos en extérieur, avec le soleil couchant dans les ormes du cimetière?

Il y a essentiellement deux types d’enterrements : ceux où l’on se rend pour le mort et ceux où l’on accompagne les vivants. Ceux dont en fin de compte, on garde peu de souvenirs, trop occupé à surnager dans sa peine pour faire attention au reste… Et ceux dont chaque minute austère et inconfortable s’imprime à l’encre de la douleur ambiante.

C’est dans ces cas là que les détails les plus idiots prennent de ridicules proportions. De minuscules angoisses sociales qui se transforment en interminables débats intérieurs : des questionnement sur la couleur de sa cravate, le nombre de boutons de sa veste ou la tournure exacte du cliché condoléancieux qu’il sera de bon ton de prononcer, sans chercher l’originalité ou la sincérité. Et puis à coté, pendant que je m’interroge sur mon choix de boutons de manchette, il y a un mort et des gens qui pleurent.

Bien sûr, je la ressens aussi, cette tristesse qui m’entoure. Un peu par empathie, un peu par un égoïste réflexe d’identification. En fait, je me souviens surtout des dernières fois où c’était moi, celui pour qui rien n’avait d’importance, celui qui serait venu en jeans et baskets, sachant bien que les morts s’en foutent, autant que je me foutais des vivants en ces occasions.

Ce jour là, c’était pour les vivants que j’étais venu. Debout, les yeux baissés dans la contemplation de ma paire de gants.

Et puis tu as pris la parole.

Immédiatement, je ne t’ai pas aimé.

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18 September 2007

Toponymie des villes et des cœurs

Filed under: L'Actualité, le Japon — Dave A. @ 6:11 pm

Download TSPO_Dragon.mp3

– Have you ever heard the Japanese expression kirisute gomen, Mr. Bond?
– Spare me the Lafcadio Hearn, Blofeld.
Ian Fleming, You only Live Twice

J’ai une tendresse particulière pour la toponymie japonaise.

D’abord, parce que c’est en grande partie dans les trains tokyoïtes que j’ai laborieusement réappris à lire il y a quelques années, en m’exerçant au grès de mes trajets sur les noms de quartiers, stations, et autres indications géographiques.

Les différentes compagnies ferroviaires japonaises saupoudrent en effet traditionnellement leurs panneaux de translitérations simplifiées, écrites dans un syllabaire réduit tout aussi inaccessible au touriste occidental moyen mais en revanche parfaitement connu des enfants en bas-âge et du plus analphabète des Japonais. Ces petits cailloux de Rosette, par nécessité ou par ennui, meublèrent bien des heures passées dans les transports urbains et devinrent une présence familière indispensable, au milieu de l’océan de solitude culturelle dans lequel je commençais à l’époque à regretter de m’être plongé.

La seconde cause de mon affection est un peu la suite logique de la première : contrairement à ses homologues des pays occidentaux, la toponymie japonaise est pratiquement immuable.

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3 August 2007

À défaut d’endurcir l’intérieur…

Filed under: L'Actualité — Dave A. @ 12:42 pm

Download WaxOn.mp3

[À en croire le vendeur de ma papeterie locale, l’absence de sortie USB sur mon Moleskine serait tout à fait normale et il n’existerait pas de méthode pour en transférer le contenu sur ce blog, autre que par insertion manuelle et lettre-à-lettre des phrases à peine lisibles griffonnées durant mon précédent séjour loin des cieux informatisés qui sont usuellement miens. On peut dire que je me suis bien fait avoir.]

Comme d’habitude, le choc de l’arrivée est rude. Je sais pas si c’est la moiteur de l’air qui flotte mollement au dessus du tarmac, ou la douzaine de mini-bouteilles de piquette violacée gracieusement offertes par l’hôtesse durant le vol, mais j’ai les tempes un peu bruyantes. Quelques minutes pour trouver mon chemin dans les halls flambant neufs de Suvarnabhumi. Le temps de cornaquer mon troupeau de valises jusqu’à la consigne, d’en extraire mon minuscule sac de survie et c’est avec la respiration un peu moins courte que je me dirige vers la sortie, où m’attend Ian, facilement reconnaissable au milieux des locaux à sa stature de gentil bûcheron canadien.

Ian a depuis longtemps assimile les deux principes fondamentaux du code de la route thaïlandais: résignation bouddhiste face à une mort potentiellement imminente d’une part, conformation à l’écosystème établi d’autre part. En l’occurrence, sa cylindrée japonaise impose le respect (et la priorité) aux insignifiants tuk-tuk, mais se doit de le céder sans discussion aux conducteurs de mini-bus qui ne croient eux, ni en Dieu, ni aux feux rouges.

En traversant la véranda avec mon petit baluchon couvert de poussière, j’avise deux jeux d’échecs au milieu des tabourets en acajou. Ian attrape mon regard et me promet que nous aurons l’occasion de nous adonner à quelques interminables parties un soir prochain. Il conclue son hochement de tête par un sourire un peu mauvais dont je ne déchiffre pas bien le sens sur le moment.

Ajarn Sao, le professeur n’a guère changé : sa stature de vieillard malingre contraste toujours autant avec ses mouvements souples et assurés et il lance ses petits éclats de rire caractéristiques à tout bout de champs dans la conversation qui se tient en bribes de japonais et d’anglais, autour des thés glacés au lait de coco qu’il nous a servi. Il se souvient parfaitement de ma dernière visite et semble authentiquement ravi que j’ai fini par accepter cette invitation, somme toute lancée à la légère et plus comme une politesse qu’une véritable attente. Je vérifie que Ian l’a bien entretenu des ambitions fort limitées de mon séjour et le remercie profusément de tolérer ma présence temporaire pour d’aussi insignifiants motifs. Il m’assure que cela ne perturbera en rien le déroulement habituel de ses leçons mais qu’il me faudra me plier aux règles de l’endroit. Je lui réponds que cela sera un plaisir. Il arbore alors le même petit sourire que Ian quelques instants plus tôt, moins narquois, tout aussi mystérieux.

Ian m’a bien donné tout mon équipement la veille: de quoi couvrir mes tibias, mes avant-bras ainsi que toute autre partie de mon anatomie impliquée d’une manière ou d’une autre dans des activités respiratoires, intellectuelles ou procréatrices. Mais Ajarn Sao m’indique que je peux m’en débarrasser pour le moment : mon seul adversaire durant les deux premières journées de mise-en-condition se tient sur un seul pied, fixé du sol au plafond, et ne renvoie pas les coups. En revanche, lui non plus ne porte pas de protection, et ça c’est fort regrettable comme je suis sur le point de le découvrir.

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24 June 2007

Reprise et lancement de l’édition d’été

Filed under: Carnet de Bal, L'Actualité, le Japon — Dave A. @ 1:25 am

Download SSS.mp3

Alors : la bonne (?) nouvelle, c’est que je suis arrivé à ma destination finale et ai, de ce fait, regagné plein accès aux merveilleuses technologies de l’interweb. La mauvaise, c’est qu’étant extrêmement radin parcimonieux de nature, j’en ai profité pour remballer l’autre billet auto-posté dont l’apparition quasi-magique était prévue pour hier matin. Je sais c’est fourbe, mais je le garde bien au chaud dans mon escarcelle pour des temps de disette, on sait jamais.

En contrepartie, je vais tenter de faire un effort cet été pour vous filer du frais au-jour-le-jour, profitant du cadre de vie exotiquement orientalisant qui sera le mien pour les quelques mois à venir. Du quotidien, comme par exemple les étranges événements qui ont précédé à ma présente rentrée casanière matutinale : sobre comme un champ de blé mormon malgré les forts relents de savane matinés d’arôme de tabac froid sauvage émanant de ma chemise et possesseur bien malgré moi d’une petite culotte en dentelle rose bonbon, enfouie – je crois – dans la poche gauche de mon pantalon. Je vous jure, il y a une explication quasiment décente à tout cela. On verra si elle mérite d’y consacrer un billet. Probablement pas.

Pour commencer, quelques notes de voyage des dix derniers jours devraient arriver prochainement. En tout cas dés que j’ai trouvé une sortie USB sur mon satané Moleskine.

Sur ce, bonne nuit tout le monde.

18 June 2007

Auto-Posté : Notre-Dame des Alpages Sauvages

Filed under: le Reste — Dave A. @ 3:03 pm

Download School_Song.mp3

Le Réveil

Trois claquements de main.

Pesants, lents, prégnants.

Blanche. Demi-pause. Blanche. Demi-pause. Blanche.

Trois coups du brigadier, puis, quelques secondes plus tard, en guise de lever de rideau : la lumière crue qui inonde le dortoir.

Stimulus-réponse pour rats de dortoir pavloviens. Tous les matins sans exception. Aujourd’hui encore, il me suffit d’entendre, ou de croire entendre, ces trois claquements de main pour me redresser d’un bond dans mon lit en cherchant des yeux ma trousse de toilette et ma serviette.

Celle qui claque des mains, c’est Mme Whitman. Un traitement de faveur réservé aux “petits”. L’année prochaine, chez les grands, c’est au mieux un aboiement peu amène du pion qui précédera l’allumage général au dessus des lits. C’est elle aussi dont les talons résonnant lourdement sur le parquet annoncent aux plus somnolents qu’un appel de leur nom est imminent, suivi d’une invitation sèche à s’extraire séance tenante du confort de la couverture où ils se sont réfugiés dans le vain espoir d’y prolonger leur nuit de quelques minutes. C’est elle qui contrôle que la routine matinale se déroule sans accroc, que pas une étape n’est grillée par quiconque, pas un coin de lit non bordé, une dent non brossée, un cheveu non coiffé, un ongle non récuré, une chemise non rentrée… En temps limité bien sûr, puisqu’à sept heures sans faute, c’est le signal du départ vers le réfectoire, en file et au pas cadencé.

Comme la plupart, j’ai vite évalué les deux scénarios possibles pour la routine du matin.

D’un coté, les plus rapides sont au pied de leur lit avant même le troisième coup, leurs vêtements, préparés avec minutie la veille, sont enfilés et noués en un quart de seconde, premiers au lavabo, premiers sortis, premiers en ligne pour descendre au réfectoire, premiers servis, premiers sortis, heureux possesseurs d’une demi-heure de quiétude non-supervisée arrachée aux rigueurs de l’emploi du temps.

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13 June 2007

Auto-Posté : Je reviens…

Filed under: En Passant — Dave A. @ 3:03 am

le Balto

Download Your_life.mp3

Dave est en pleine quête spirituelle, à la recherche de son animal totem quelque part au milieu de la jungle thaïlandaise (ça… ou bien il a finalement décidé d’émuler son idole André Malraux, en allant piller des temples khmers pour les revendre en pièces détachées aux puces de St-Ouen).

En attendant, il m’a dit de vous dire qu’il avait posé des billets à retardement (comme celui-ci) un peu partout, donc faites attention où vous mettez les pieds et faîtes marcher vos enfants devant vous (vieux truc de démineur).

Pour la permanence, allez donc voir au Balto, c’est Briscard qui régale. Tant que vous y êtes, allez aussi faire un tour chez Douda, histoire de la motiver (si elle s’y remet pour de bon, je poste une photo de Dave à poil).

6 June 2007

Errances

Filed under: L'Actualité — Dave A. @ 10:06 am

Download Suite_III.mp3

Rien de nouveau à offrir, sinon ce texte qui traîne dans mes brouillons depuis mon retour. Je n’avais pas vraiment l’intention de publier ça, mais après tout à quoi bon écrire, si ce n’est pour être lu.

À peine rentré, j’ai posé mon sac et suis resorti sans même enlever ma veste. J’avais besoin d’un verre. Le Balto avait fermé pour le week-end, heureusement Zach était ouvert et tenait lui même le bar. En bas, ça semblait de bonne humeur et ça jouait une espèce de ska jazzy façon titi parisien, en haut, c’était plutôt calme, voire morne : juste Zach derrière le bar, Kat sur le bar, à moitié endormie, et Django qui berçait l’ensemble avec quelques accords de guitare mélancolique. Je me suis posé, j’ai commandé un Jack Da’, me suis ravisé pour un Chivas, en me disant que le prix du verre contribuerait à m’éviter la tentation de me mettre minable. Tentation trop souvent suivie de celle de faire des appels que l’on regrette forcément le matin suivant.

On a un peu causé du temps, de la vie, des magasins punks de Soho et comparé le prix du tikka massala entre métropoles. Zach a bien vu que j’étais pas trop dans le bonheur rayonnant, mais est prudemment resté hors du sujet. A peine six jours plus tôt, assis au même endroit avec elle. Il est des histoires qui sont suffisamment universelles pour pouvoir se permettre quelques ellipses.

La conversation progressait par bribes laconiques, minimaliste sans être totalement laborieuse. Personne ne semblait d’humeur à secouer la torpeur sonore et tout le monde s’en satisfaisait comme ça.

A moitié appuyé au bar, j’ai regardé mon fond de verre, trouvé que la scène ressemblait beaucoup trop à un mauvais cliché cinématographique des années 30 et je suis sorti un peu précipitamment en saluant Zach et Kat.

Dehors, c’était une nuit tiède de mois de mai globalement réchauffé. Un temps à aller regarder la Seine, donc. Avec un peu de chance : quelque candidat à la mort par ingestion de vase toxique pour rappeler qu’il y a toujours plus désespéré que soi…

En glissant machinalement la main dans une poche, j’en ai sorti une cigarette inattendue, un truc conique qui avait traversé la Manche et les derniers jours, enveloppé dans quelques couches de mélancolie cotonneuse. Je l’ai allumé en passant sous l’arche de l’Institut.

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2 May 2007

La malédiction de l’amnésique insouciant

Filed under: L'Actualité — Dave A. @ 12:01 pm

Download Afraid.mp3

Il y a une première fois pour tout.

Il y a une première fois pour passer une après-midi allongé sur les pelouses parfaites de Hampstead Heath, entre deux saules et un irréel ciel bleu ensoleillé d’avril, à caresser une tête posée sur sa poitrine. Faire des digressions ornithologiques stupides, s’oublier complètement, arrêter mollement les mains baladeuses sous l’oeil perçant des vieilles rombières assises au loin sous la véranda. En se disant que c’est ce moment qu’on a attendu toute sa vie, qu’il serait bon de geler la marche du temps à cet instant précis et ne plus en parler.

Il y a une première fois pour écrire une lettre longue et irréversible et l’envoyer en espérant de tout son cœur qu’elle se perdra en route. Une lettre qui s’attache à rester sans réponse, qui surveille qu’elle n’est pas suivie, qui brûle tous les ponts possibles derrière elle. Une lettre dans laquelle on a emballé quelques tranches de chair fraîchement arrachées de là où ça fait mal. L’ablation prémptive de tous les organes non-vitaux. Douloureuse mais salutaire. Mettre les fins avant les débuts, c’est encore la meilleur manière d’éviter les travers littéraires.

Il y a une première fois pour ressentir un vide oppressant là où rayonnait la boule de bonheur angoissé quelques instants auparavant. Se dire qu’on est passé juste à coté de la catastrophe. Tenter de se convaincre qu’il s’agit juste de calcul et de discipline. La discipline du choix qui fait mal et qui rend plus insensible à défaut de rendre plus fort. Vous croyez que Napoléon, Pol Pot ou Gengis Khan auraient changé la face du monde s’ils avaient baisé heureux tous les jours?

Évidemment, toutes ces premières fois n’en sont guère. Elles se répètent aussi rapidement qu’elles sont oubliées. C’est à dire déjà beaucoup trop souvent.

14 April 2007

Coïncidences III

Filed under: Memento — Dave A. @ 5:08 am

Coincidence is God’s way of remaining anonymous

Download Suzanne.mp3

Ce petit symbole tatoué discrètement sur un bout de ta peau, je ne l’ai pas oublié.

Sa forme, en tout cas, puisque tu n’as jamais eu le temps de m’expliquer sa signification. Mais j’aurais presque pu le retracer de mémoire.

De passage à Paris l’été suivant, je l’ai reconnu immédiatement quand je suis tombé dessus, au milieu d’une centaine d’autres idéogrammes tout aussi abscons mais moins familiers. C’était dans une minuscule boutique désordonnée près de la rue Mouffetard, pas loin d’un endroit que nous avions bien connu, où s’amoncelaient des marchandises provenant sans doute des quatre coins de l’Asie via le deuxième arrondissement. J’y cherchais une sacoche propre à remplacer la précédente, qui n’avait pas survécu à mes derniers voyages. Celle que j’achetai ce jour-là était brodé de ce même petit signe asiatique qui semblait tant te tenir à coeur. Je voulais toujours savoir. C’était facile: la boutiquière, qui parlait à l’évidence mieux cantonais que français, m’aurait certainement renseigné en un battement de cil. Mais je ne lui ai pas demandé, ni à aucune autre personne par la suite. J’avais ce sac et je l’aimais bien: il me rappelait la part de toi dont je voulais me souvenir.

C’est une étudiante chinoise, dans la file d’attente du service des visas de l’ambassade où nous attentions, qui m’a demandé en anglais si je savais ce que voulait dire cette inscription sur mon sac. Elle avait l’air un peu surprise. Je pensais qu’elle voulait simplement engager la conversation, faire passer le temps. Mais elle a hésité, pris soin dans le choix de ses mots, pour tenter de m’expliquer ces douze petits coups de pinceau: leur signification, leur signifiant, leur signifié. Et bien sûr, ce fut lumineux et évident comme il ne pouvait pas en être autrement.

Tu avais raison, Il n’existe probablement pas. Et quand bien même, quelle importance. Ce qui compte, ce n’est ni le départ, ni l’arrivée, mais le chemin qu’on choisit. Ceux que l’on ne choisit pas aussi. C’est l’essence de ce chemin qui fait ce que nous sommes et c’est le choix de ses embranchements qui définit tout ce qui nous entoure, à l’intérieur comme à l’extérieur. rien d’autre.

31 March 2007

Coïncidences II

Filed under: Memento — Dave A. @ 5:16 am

Download Berlin.mp3

Il y a sept ans, Stella est morte.

C’est pas très beau, ça comme phrase. C’est cru, ça manque d’euphémisme poétique, de distance stylistique… Mais justement, je n’ai pas envie de faire du style ce soir.

Sept ans, c’est long. Suffisamment long pour que le souvenir s’en perde presque derrière l’horizon du chemin parcouru depuis. Trop vivide et lointain à la fois, ce souvenir. Je me demande parfois s’il s’agit de la même vie, s’il y a vraiment continuité entre ce début de printemps de la fin du dernier millénaire et le présent, alors que j’essaie de me remémorer des détails, d’année en année moins précis.

Mais en fait, les détails sont là, gravés et inamovibles dans le livret d’une histoire qui s’est rejouée des millions de fois dans ma tête depuis. Ce que j’ai peur d’oublier un jour, c’est les émotions, bonnes et mauvaises, qui se sont succédées. Ces émotions qui se désagrègent pour laisser place à de nouvelles émotions, plus récentes, moins douloureuses si possible, je vis dans la hantise de les perdre. Je m’y accroche comme on s’accrocherait aux maigres pièces à conviction d’une enquête qui n’a jamais abouti.

J’ai toujours pensé qu’avec le temps et le recul, en conservant bien tous ces souvenirs inchangés, alignés dans ma mémoire, je finirais forcément par en tirer une explication… Les sortant à intervalles réguliers, m’entêtant à les raviver, les examiner, les analyser, les ressasser, jusqu’à ce que je n’en puisse plus de tristesse et d’incompréhension et ne parvienne qu’à les remiser jusqu’à la fois suivante.

La vérité c’est que ce qui ne fait pas sens à un moment donné d’une vie, ne s’éclaircit jamais miraculeusement un beau jour, comme s’il avait fallu atteindre un âge donné pour que le déclic se produise. Ce genre de deus ex machina philosophique fumeux que l’on retrouve dans les oeuvres insipides d’écrivaillons paresseux, ça n’arrive jamais dans la vraie vie.

Il y a sept ans, Stella est morte. Pas moi. Je cherche toujours la morale que l’ordre cosmique aurait voulu m’inculquer ce jour-là. Je ne crois pas qu’elle existe.

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